Mythologies du futur

Christian Gatard, Mythologies du futur, Éditions de l’Archipel, Paris, 2014, 371 p.

Le futur n’est pas ce que l’on croit. On ne le trouve pas dans un livre de recettes. On le fabrique au jugé chaque jour, chaque seconde. On ne sait pas trop où l’on va mais on y va. Pour manœuvrer, les mythes sont de bons navigateurs. Les mythes anciens et leurs avatars contemporains permettent à chacun de tenter des hypothèses sur l’inconnu et peut-être de se construire son propre récit du futur. Les plans A et B de l’histoire humaine n’ont pas trop bien fonctionné. Christian Gatard propose un plan C puisant dans des exemples parfois incongrus, souvent familiers, toujours étonnants qu’il a lui-même observés et vécus au cours de trois années d’explorations et de surprises. Dans cette enquête planétaire, subjective et décalée, sur la façon dont la culture populaire et la culture savante s’emparent du thème du futur, l’auteur invite le lecteur à se fabriquer sa propre feuille de route pour temps incertains. Le monde qui vient n’est pas un désastre annoncé mais une aventure passionnante, parfois cocasse, parfois limite. Au lecteur de feuilleter les pages de son propre futur, de fureter avec malice dans les scénarios qui se préparent.

Sociologue de formation, Christian Gatard est le fondateur de Christian Gatard & Go, institut d’études créatives et de recherches prospectives. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages dont Le Peuple des têtes coupées (Éditions Coprah, 2005), Bureau d’études (Impressions nouvelles, 2008), Nos vingt prochaines années (Éditions de l’Archipel, 2009).

L’enracinement dynamique de la mythologie
Préface par Michel Maffesoli, Professeur en Sorbonne

L’accent mis sur l’imaginaire et sur les contaminations qu’il impulse peut éclairer d’un jour nouveau la dialectique existant entre représentations individuelles et représentations collectives. Comme pour tous les aspects de la vie sociale, la modernité avait fondé son assise sur la conviction que celles-ci étaient le fruit d’un déterminisme rationnel, cheminement propre à l’individu, bien sûr, et qui était le fait de l’éducation et des diverses formes de socialisation, mais également cheminement global de l’humanité qui, partie de la situation primitive et barbare que l’on sait, en était arrivée à ce point de civilisation où tout était mesuré à l’aune de la raison.

Mais si un tel schéma, qui s’est élaboré à partir de la Renaissance et s’est conforté dans les deux siècles passés, a été pertinent jusqu’à nos jours, on peut dire que dans le balancement cyclique des histoires humaines il est en train de laisser la place à une autre configuration. Il me semble qu’à la distinction des représentations séparées est en train de succéder la fusion des émotions communes. C’est cela qui est le cœur battant de la mythologie !

Apollon versus Dionysos. Dans un tel schéma, la puissance, qui est celle de la sociabilité de base, qui est celle de la force instituante, a pu être, durant tout un cycle, canalisée par le pouvoir institué (social, économique, politique), mais elle n’en a pas moins exercé une pression souterraine qui explose à la première occasion. Un autre cycle, alors, recommence. Est-ce celui de ce que Christian Gatard nomme le « shaman dionysiaque » ?

En tout cas, cycle au cours duquel les « représentations » de tous ordres sont rien moins que rationnelles ou plus exactement intègrent toute une série de paramètres spirituels qui fonctionnent moins sur la conviction que sur la fascination et la contamination. Ces représentations exercent une forme d’action « osmotique », forme d’autodiffusion qui n’emprunte plus les canaux traditionnellement définis par le rationalisme occidental. C’est à la lumière de ce renversement qu’il faut apprécier les divers fanatismes religieux, les mouvements de masse, l’effondrement des systèmes idéologiques les plus rigides, la chute des régimes politiques et des dictatures apparemment très solides, toutes choses qui résultent de la pression irrésistible de « nous » fusionnels dont le ciment est fait d’idées communes contaminant, de proche en proche, des foules de plus en plus importantes. Cette pression, d’abord souterraine puis explosive, des idées communes est une constante des histoires humaines, mais elle s’exprime brutalement dans les périodes de passage à une ère nouvelle, d’où l’intérêt sociologique d’analyser, de « mythanalyser », leur émergence, ne serait-ce que pour comprendre le fondement d’une culture en train de naître. C’est en étant conscient de cela que l’on pourra, pour reprendre une expression employée par l’auteur, « féconder le chaos ». À l’instar de la Genèse qui parle de « l’esprit de Dieu flottant sur les eaux », tous les mythes de fondation font appel au nébuleux, au fluide, au mouvant. Avant de se solidifi er en civilisation, la culture est donc affaire d’imaginaire. Peut-être est-ce cela la principale leçon de ces Mythologies du futur. D’un futur déjà présent !

Sommaire

L’enracinement dynamique de la mythologie p. 17
Par Michel Maffesoli

Au secours, le futur approche p. 21
Les instruments de navigation p. 39
Héros et héroïnes en Mythistan p. 61
Paysages du Mythistan p. 87
Vues de Mythérannée p. 125
Trois pistes suspectes p. 141
Le tour du monde d’Empédocle p. 195
Récits des petites multitudes p. 229
Récits de fusions et d’effusions p. 251
Récits de soeurs et de cheffes p. 283
Récits de spasmes et de crampes p. 307
Récits de ruses et de tactiques p. 323
La balle est dans notre camp p. 341
Compléments d’enquête, rebonds, pistes… p. 345

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